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Prendre le relais des GAFAM avec les blockchains ?

Lorsque l’innovation n’est pas créée directement par les GAFAM, grâce à leur vivier considérable de talents, elle est soit captée (Facebook avec Instagram et WhatsApp, Microsoft avec LinkedIn, Google avec YouTube, etc.), soit copiée, soit empêchée (le service de recommandation Yelp accuse depuis plusieurs années Google de biaiser ses résultats de recherche au profit de son propre service).

Dans ces conditions, comment assurer l’émergence de géants du numérique qui ne soient ni sous la coupe des GAFAM ni voués à l’ultra-spécialisation ? La solution réside peut-être dans un changement de regard : ne plus chercher à battre les leaders sur leur propre terrain, mais investir sur le terrain de demain. Contrairement à une idée reçue, rien ne dit que l’économie numérique actuelle – avec ses modèles d’affaires propres (capture de données, etc.), ses règles spécifiques (effet de réseau, etc.) et ses acteurs établis (bénéficiant du phénomène du Winner takes it all) – restera dominante à l’avenir.

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S’il y a un changement, ce sera par les talents

Lorsque le modèle actuel de l’économie numérique perdra son monopole sur le cœur des développeurs et des entrepreneurs les plus brillants, la donne sera bouleversée. Ces talents pourront rejoindre, comme des milliers le font déjà, les pionniers d’une nouvelle économie numérique en construction.
L’objectif est clair : l’avènement d’un nouveau Web qui redonne aux utilisateurs le contrôle de leurs données et de leur identité numérique, et empêche les plateformes de décider unilatéralement de censurer des contenus ou de modifier brutalement leurs algorithmes et leurs conditions d’utilisation. Un Web qui contrebalance les déséquilibres actuels et ouvre la voie à un retour du balancier après des années de prise de pouvoir des GAFAM.
Derrière ce souhait apparemment naïf se cache un mouvement qui pèse déjà des dizaines de milliards de dollars et qui repose sur plusieurs piliers. Tout d’abord, un concept clé : la décentralisation. Par essence, celle-ci s’oppose à la logique actuelle du Web et constitue un retour à l’esprit originel d’Internet. Deuxièmement, un ensemble de technologies encore mal connues : les blockchains.

Introduction à la blockchain

Sans entrer dans la complexité technique, il suffit ici de présenter le fonctionnement de ce nouvel outil. Une transaction sur Internet nécessite aujourd’hui une certification par un tiers de confiance – une banque, un organisme public, un notaire, un assureur, etc. Pour éviter les tentatives de fraude, cet intermédiaire conserve seul l’enregistrement des transactions. La blockchain réalise cet échange sur un réseau peer-to-peer, donc sans intermédiaire. La transaction entre deux internautes est enregistrée dans un grand livre qui garde la trace de toutes les opérations effectuées.

Ce grand livre n’est pas conservé dans un lieu centralisé mais est « distribué » entre les ordinateurs de tous les participants, appelés « nœuds ». À chaque transaction, les membres du réseau interrogent l’historique pour s’assurer que la personne possède les actifs qu’elle souhaite échanger. Les transactions sont ensuite regroupées et validées en blocs – qui forment une « blockchain ». Chaque nouveau bloc de transactions est ajouté à la chaîne, relié au précédent par un processus cryptographique.

Blockchain : une technologie promise à un bel avenir

On peut imaginer l’ampleur des changements qu’une telle innovation promet. Techniquement, elle pourrait offrir une solution aux faiblesses des systèmes centralisés. Économiquement, elle devrait permettre d’augmenter la productivité en limitant les intermédiaires et en automatisant les transactions. Sur le plan institutionnel, elle constitue une réponse à la défiance envers les institutions politiques et économiques, avec pour conséquence une fluidification des relations économiques et sociales.

Blockchain est donc une technologie promise à un bel avenir. Dans la grande variété d’utilisations envisagées, deux grandes catégories se dégagent :

  • Des applications de type notarial liées à la tenue d’un registre qui a vocation à être partagé. Blockchain pourrait changer la façon dont les transactions sont contrôlées, la façon dont les biens sont transférés et échangés entre les personnes, et au-delà la certification des processus industriels ou financiers. Elle devrait notamment être utilisée pour la traçabilité des médicaments ou des produits alimentaires ; elle pourrait également donner naissance à des systèmes de vote en ligne sécurisés ou à l’identification numérique des personnes.
  • Des applications couplant la dimension transactionnelle au monde physique, ce qu’on appelle « l’internet de la valeur ». Une transaction peut être déclenchée par une intervention directe ou par l’exécution d’un programme informatique qui peut inclure des conditions ou des vérifications spécifiques, par exemple sur la date ou sur la base d’informations provenant du monde physique. Avec de tels « contrats intelligents », les blockchains ouvrent l’ère des transactions programmables, sans l’intervention d’un tiers de confiance. Ces applications visent à créer la confiance là où elle fait défaut ou à remplacer les mécanismes de confiance centralisés. En éliminant les intermédiaires et en décentralisant les processus de validation, elles devraient permettre des gains de productivité substantiels.

Une économie qui pourrait être transformée

La spéculation et les « arnaques » autour des crypto-monnaies ne doivent pas faire oublier l’essentiel. Ce qui explique le succès de ces crypto-actifs, c’est la promesse d’un ou plusieurs réseaux de transactions automatiques et d’une notarisation.

Beaucoup parient sur l’avenir de la blockchain comme ils l’ont fait hier sur Google et Facebook. Une fois la phase de développement terminée, cette technologie est susceptible de révolutionner l’économie. Les bourses devenues totalement numérisées pourraient être certifiées. Les opérations entourant les échanges – appels d’offres, validations partielles par des tiers, règlements conditionnels, etc. – pourraient être gérées automatiquement et en toute confiance grâce aux smart contracts.

L’économie deviendrait en partie programmable. En France, un écosystème dynamique se développe progressivement, avec des startups, des cabinets de conseil et l’implication de grandes entreprises qui étudient le sujet et y consacrent des ressources.

Proof of Stake : une empreinte carbone réduite

La véritable innovation réside davantage dans la méthode de validation. La blockchain promet de parvenir à un consensus sur la validité des transactions. La sécurité et la décentralisation ne proviennent pas de l’enchaînement des blocs mais du protocole de consensus distribué. Ce mécanisme fonctionne par la « preuve de travail » (Proof of Work). C’est ainsi que la blockchain parvient à concilier ouverture au grand public et sécurité maximale.
Cette « preuve de travail » (Proof of Work) ou minage peut être très coûteuse, tant en termes de temps que de consommation électrique. Les opérations de vérification, de validation et de cryptographie liées à la blockchain Bitcoin Les opérations de vérification, de validation et de cryptographie liées à la blockchain Bitcoin consomment beaucoup d’électricité. Une large diffusion de cette technologie pourrait entraîner une externalité environnementale très négative.

D’où l’idée d’utiliser plutôt la « Preuve de participation » (« Proof of Stake ») : l’internaute doit prouver qu’il possède des  » tokens  » ou une certaine quantité de crypto-monnaies pour valider un bloc supplémentaire de la chaîne. Avec la preuve de travail, on parle de mineurs ; avec la preuve d’enjeu, on parle de faussaires.

Blockchain publique ou privée : un choix crucial

Derrière la dimension technique de cette question se cache une forte problématique de gouvernance.
La blockchain a une architecture ouverte, et tout le monde peut y accéder, effectuer des transactions ou prendre part au consensus. Dans ce cas, on parle d’une blockchain publique. Mais cette architecture ouverte peut être modifiée en introduisant des restrictions sur les nœuds du réseau autorisés à valider les transactions ou sur l’identité des participants qui peuvent faire partie d’une transaction.
On parle alors de blockchain « autorisée » ou de blockchain « privée », si le registre et les transactions sont ouverts uniquement à une liste fermée de participants, par exemple au sein d’un groupe avec différentes filiales ou entre plusieurs organisations.
Cette classification en blockchain publique, blockchain privée est cependant réductrice, compte tenu des nombreuses fonctionnalités avec lesquelles on peut jouer.
Le tableau ci-dessous présente un exemple de classification. Dans la pratique, cette classification est toujours imparfaite : avec les logiciels open source utilisés dans les blockchains, il est possible de créer de nombreuses variantes et de jouer sur de multiples paramètres, en fonction de l’utilisation prévue. Certains de ces paramètres sont techniques, tandis que d’autres concernent la gouvernance du système.

Source : Étude comparative mondiale sur la blockchain, Michel Rauchs, Garrick Hileman 2017

Trois paramètres – parmi d’autres – donnent lieu à de nombreuses variations :

  • L’identifiant peut être un pseudonyme généré de manière autonome par toute personne souhaitant utiliser la personne souhaitant utiliser la chaîne, une identité réelle vérifiée par un tiers certificateur tiers certificateur, par exemple pour répondre à des obligations réglementaires (KYC).
  • L’incitation à maintenir le registre et à valider les transactions peut être assurée par l’attribution de crypto-monnaies pour la validation des transactions, typiquement dans le cas d’une blockchain publique. Elle peut utiliser un autre mécanisme d’incitation, par exemple en conditionnant la possibilité de réaliser des transactions au fait de valider d’autres transactions, par exemple dans le cas de IOTA. Enfin, elle peut utiliser un mécanisme de gouvernance externe à la blockchain qui assure la validation des transactions (accord contractuel entre les parties prenantes, typiquement dans le cas d’une blockchain privée comme SetL).
  • Les informations saisies dans le registre peuvent prendre différentes formes, depuis la divulgation complète des informations relatives à la transaction (montant, destinataire), les informations cryptées limitées à l’empreinte d’une transaction, jusqu’au cryptage complet des données avec un accès restreint aux seules parties prenantes.

Blockchain : des caractéristiques attrayantes

La blockchain est une sorte de gigantesque base de données qui obéit à plusieurs principes novateurs qui vont entraîner de profonds changements. Nous nous concentrerons ici sur les caractéristiques les plus courantes, tout en gardant à l’esprit qu’elles peuvent varier en fonction des usages envisagés.

Un système décentralisé

Contrairement à la plupart des plateformes numériques, la blockchain est avant tout un système décentralisé : chaque participant dispose d’une copie constamment mise à jour de la copie actualisée du grand registre. Il n’y a pas de serveur central mais une gestion collaborative qui constitue en principe une protection contre les falsifications et autres attaques. Cette désintermédiation devrait également être un facteur de réduction des coûts.

Un système décentralisé

Le système est également entièrement transparent : le registre et donc l’historique des transactions est disponible en permanence pour tout internaute (ou pour tous les membres du tous les membres du réseau). Il est ainsi possible d’assurer la traçabilité complète d’un actif ou d’un produit ayant fait l’objet d’une transaction via une blockchain. Un participant intervient sous un pseudonyme, mais toutes ses opérations sont traçables.

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Un système fiable

La blockchain est infalsifiable et inviolable. Une fois enregistrées dans les blocs, les informations ne peuvent plus être informations ne peuvent plus être modifiées ou supprimées. Grâce à cette technologie, le document électronique pourrait avoir autant, voire plus, de valeur probante que le papier. papier. Le système décentralisé, en multipliant les copies, offre également une garantie contre le piratage.

Un système automatisé

La blockchain promet une autonomie ultime, jusqu’à une forme de contrôle infaillible sans recours à un tiers. Les transactions sont effectuées par des programmes informatiques. Les « smart contracts » seront auto-exécutoires. auto-exécutoires.

Un système efficace

Tous les avantages de la blockchain se combinent pour promettre une efficacité économique optimale : gains de temps et réduction des coûts grâce à l’élimination des intermédiaires et des intermédiaires et à l’automatisation, réduction des taux d’erreur et des litiges, etc. On comprend que de tels atouts puissent attirer l’attention, à l’heure où le manque de confiance est souvent cité comme l’un des principaux obstacles à la croissance. Mais ces avantages ont aussi leur revers. Pour réussir, la révolution blockchain devra surmonter révolution blockchain devra surmonter de nombreuses barrières, qui sont des barrières techniques, organisationnelles mais aussi sociétales.

Un système évolutif

Les protocoles blockchain fonctionnent car ils gèrent des masses de données encore limitées. Trouveront-ils les solutions techniques pour supporter le changement d’échelle en cas de diffusion massive ? Pour donner une idée, le réseau Bitcoin traite une poignée de transactions par seconde, alors qu’un opérateur de carte de crédit en traite des milliers Le mécanisme de validation historique de la blockchain, avec ses multiples nœuds et processus cryptographiques, est une source de ralentissement. de ralentissement.

Conclusion

Blockchain est une technologie d’infrastructure, sur laquelle de nombreuses applications vont progressivement se greffer. Les variantes qui apparaissent laissent penser que l’avenir pourrait éloigner la blockchain de son projet initial.
L’histoire du numérique nous a aussi appris que l’histoire nous a aussi appris que les acteurs historiques d’un secteur sont rarement les acteurs de la disruption, même quand, comme Kodak, ils en sont les inventeurs. Il est en effet très compliqué pour une entreprise de développer des services qui entrent en concurrence avec son cœur de métier et mettent en péril ses bénéfices immédiats.